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  1. Keiner hilft keinem

     

    Je n’ai vu qu’en photographie la peinture d’Andreas Hochuli dont j’aimerais  parler ici. Je l’ai reproduite au stylo, photographiée, puis imprimée à la fin de ce texte, m’épargnant ainsi l’exercice de la description, en ce qui concerne les contours de la composition en tout cas.

    Lors de la recopie, j’ai constaté que j’avais anticipé un effet visuel que je croyais produit par les coeurs au premier plan. J’avais repéré, en effet, une convexité produite par la déformation de ceux-ci, comme une grosse pièce cylindrique qui aurait deposé ces coeurs sur le dessin. L’idée de ce geste mécanique ornant le mot “initiative” m’avait beaucoup plu, et j’y avais vu une manière astucieuse de parler d’amour et de peinture, de drague et de musique.

    Finalement, ces symboles déformés et flottants ressemblent plutôt à des arrière-trains. Sur cette toile ondule donc un banc de culs, dansant autour du texte organisé comme une pancarte: Initiative, Jugend+Musik.

     

    Dans cette peinture, comme dans la plupart de ses oeuvres, Andreas Hochuli organise ses compositions en plans successifs par ajouts de formes. Sur un logiciel de dessin, les motifs sont créés ou parfois simplement trouvés, car il y a dans le travail d’Andreas Hochuli, et ceci dès l’amorce de la réalisation, un dilettantisme maniaque, ainsi le support informatique est utilisé de manière très désinvolte, de manière amateur-forcée.

     

    L’esquisse, en dessin vectoriel ou pixel, une fois terminée est imprimée à l’échelle de la toile, puis les différentes couches de la composition sont découpées au scalpel. A partir de là, le processus de travail d’Andreas Hochuli prend une tournure chirurgicale: la toile posée à plat, à même le sol, reçoit un fond de couleur, une multitude de couches afin que la surface de la peinture prenne un aspect laqué, tout-à-fait plastique. Les pochoirs préalablemement découpés sont collés directement sur la surface peinte avec de l’amidon, et les couches de peintures se superposent ainsi, laissant voir dans certains aplats les contours des formes en dessous. Ne reste ensuite plus qu’à gratter les restes de papier et laver la peinture à grande eau.

     

    Cet usage des aplats au chablon entrâine chez Hochuli une tendance à barrer la vue du spectateur. Les larges surfaces de couleur bloquent le regard à la manière d’un grand bout de gaffer sur un pare-brise. Ces fenêtres intruses* donnent un effet de recouvrement, accentué par le fait que l’on devine, comme expliqué plus haut, le contour des couches de peinture ainsi masquées.

    L’oblitération de la peinture chez Andreas Hochuli ferme l’espace pictural pour nous mettre nez à nez avec ses couleurs et son esthétique de supermarché, et nous ramener le souvenir de notre dernière gueule de bois. L’immobilisme forcé de la vision et de la pensée que je tente de pointer ici a tendance à être renforcé par la présence des textes. Découpés mots à mots puis assemblés sur la toile, ils sont souvent d’une banalité exaspérante, voire un peu triste, ou tendent alors vers une impasse idéologique, comme ce couple de bourgeois engagé politiquement qui est attaqué sans raison par une de leur connaissance (je n’ai pas le souvenir exact du texte). On ne peut être également que dubitatif devant un grand format dévoilant, en lettrage bancal, que Guillaume et Aurélie se sont marié un 30 juillet, il y a deux ans. Si l’on questionne Andreas sur la source de ces textes, il nous indique souvent un bouquin, qui aurait parfois pu être n’importe lequel. Et s’il a utilisé le titre d’un livre, il va s’empresser de dire qu’il ne l’a pas lu.

     

    Les éléments utilisés par Andreas dans ces tableaux se percutent, se contredisent ou s’auto-annulent pour former un objet tendu et chimique. Les textes, bribes d’un statement ou information lacunaire d’une situation sociale nous entraînent dans un univers où la seule niche socio-culturelle qui nous reste est l’individu, se mettant régulièrement à quatre pattes, découvrant ses fesses ou frottant son entrejambe, derniers refuge et geste du langage protestataire. Des propositions demeurent cependant, en trois mots: pop...rock...alcool.

     

    Philippe Daerendinger

     

     

     

     

    Merci à Jacques Bonnard, Emil Michael Klein et Pierre Vadi

     

     

     

     

     

    *traduction française de pop-up (moyen communément utilisé pour afficher des messages publicitaires sur internet par apparition d’une nouvelle page du navigateur)

     


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