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  1. General Punk Idea et la moyenne culturelle

     

     « Ton papier peint c’est ton fond d’écran, ton bureau c’est ton mac. Ton papier peint c’est ta métaphysique, ton fond d’écran c’est ton bureau, ton travail c’est ta vie. »

     

    Extrait des paroles de Hollywood and after de The Goldsteins

     

    Elle était née de la fornication d’un artiste multimédia new-yorkais et d’une théoricienne de l’art global allemande; lui c’était à peu près l’inverse. En plus d’être contemporains, ils se ressemblaient trop pour que leur aventure marche vraiment. Classe Moyenne, Post-Roxxxs, Venus HIV, Perverted by Language, la programmation de la soirée se voulait très artbands.  C’était souvent le cas des soirées General Punk Idea dont il était difficile de savoir si elles participaient de l’émergence d’une tendance avec un réel contenu, ou du retour d’un énième simulacre vintage ; difficile de savoir aussi si l’original de la fin des années 1970 ne leur apparaissait pas allégoriquement uniquement grâce au recul des années. Ils savaient qu’il y aurait de l’alcool ; ce scénario leur convenait bien. Michel se rappelait avoir eu un éclair de génie la fois où il lui avait dit que leur relation ressemblait à celle qu’entretenait l’art contemporain avec la peinture. Il avait toujours l’impression que sa contenance lui permettait de déployer son charme bien à elle. Sans qu’elle le sache, il se considérait comme un partenaire adéquat.

     

    Au stand marchandise, elle parlait sur la musique : « Pour pasticher l’homme à la tribune qu’elles ont assassiné en lui montrant leurs seins alors que les tubes des hippies annonçaient la fin de l’ère de la critique de l’industrie culturelle, je dirais : l’art est la chose la plus importante au monde, mais il n’est pas si important que ça. » Michel ne comprenait pas toujours tout. Il se disait qu’elle pensait trop et que ça pouvait être un handicap. Elle disait souvent qu’internet avait tout phagocyté. Michel ne bougeait pas, il repensait à sa traduction des Règles pour un Parc Humain, et à son attachement physique à cette femme de la situation.

     

    Elle le relançait : « Playboy Magazine et la révolution d’October sont loin derrière nous. » Il pensait à comment elle le voyait, et aussi qu’il avait fait de son mieux pour lui évoquer un portrait de l’artiste en entrepreneur. Il hésitait à lui faire un topo sur Richard Prince empruntant des VHS pornos, ou à lui déballer un hommage aux néo-géos. Que ce soit l’un ou l’autre, il savait que ça ne changerait rien à son désir. Il voulait bien parler d’art, mais il hésitait ; à force d’en dire si peu, il avait accumulé trop d’idées. Ce qui était difficile pour lui semblait en proportion inverse simple pour elle. Elle lui tendait le flag rose du groupe Perverted by Language : « Michel, vous devriez frotter votre joue contre ce tissu et penser au jour où vous ferez l’amour avec quelqu’un qui ne vous ressemble pas, ou qui vous ressemble trop. » Il n’arrivait pas à savoir si cette provocation était de la drague.  Ça lui évoquait plutôt une forme de maladie. Il aurait aimé qu’elle dise à ses amants : « Michel m’a traumatisé. Je l’ai vu hier soir. » Aussi, il se disait que c’était certainement parce qu’il avait pu avoir si peu d’ambition qu’elle allait finir par accepter de sortir avec lui ; elle qui pensait que l’art était un jeu stratégique. Il était d’accord, mais de façon cynique. Ce qui pour elle ressemblait à une partie d’échec, lui le voyait plutôt comme le jeu des trois croix.

     

    Ce soir, les choses, et pas qu’elles, semblaient absurdes aux yeux de Michel. Une série d’expressions lui apparaissait comme des concepts centraux sans qu’il n’eût pu en élucider le sens : l’automate, l’inconscient visuel, la pulsion de mort. Leur présence lui semblait aussi implacable que la mort de Fassbinder. Il se disait qu’il était de plus en plus simple de rester enfant. Chaque signe comme un tableau appelait son collectionneur. Toute proportion gardée, Michel aimait la contre-culture de la classe moyenne.

     

     

    Nicolas Brulhart


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